Poésie du rail - mon train-train quotidien

Photographies couleur dans les trains entre Montélimar et Valence, Drôme (2011/2012)
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Poésie du rail © Thierry Trial
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Poésie du rail - mon train-train quotidien

Photographies couleur dans les trains entre Montélimar et Valence, Drôme (2011/2012)

J’ai toujours aimé les trains.
D’abord ceux qui m’emmenèrent à 18 ans, avec la magique carte «inter-rail» à l’autre bout de l’Europe. Ou ceux que l’on prenait pour se rendre à Paris, 12 heures de trajet, parfois en «couchettes» ! Mais j’aime aussi les petits déplacements, les trains de banlieue, les trains de région, l’odeur des gares, le bruit des machines, le fantasme du voyage…

Pendant 4 années, tous les matins, j'ai pris le train pour me rendre sur mon lieu de travail. Et tous les soirs j'ai pris le train pour rentrer à la maison. C’était mon train-train. TER-boulot-dodo.  J’empruntais ces TER qui parcourent la vallée du Rhône entre Lyon et Avignon, emplis d’étudiants, de lycéens, de travailleurs, parfois de touristes voyageurs. J'allais à Valence. La capitale. Le siège administratif. Mon trajet durait 30mn. Le matin. Et le soir.

Dans le train certains lisent, d’autres dorment. D’autres encore papotent, retrouvent des compagnons de labeur ou de déplacement. Des amitiés se nouent. Des échanges s’organisent. Pendant les quatre ans que j'ai fait le trajet, j’ai d’abord beaucoup lu. Écrit un peu. Mais ce projet d’embarquer avec moi mon appareil photo revenait sans cesse, se précisait, mûrissait malgré moi.

Ce qui n’était qu’une vague idée nébuleuse prit enfin forme. Mon quotidien, le décor commun, banal, trivial de nos aller-retours, nous pauvres voyageurs travailleurs salariés, revêtait une dimension théâtrale, cinématographique, poétique. C’est là ce que je voulais rendre : la poésie qui se niche dans les points de vues singuliers sur ce trajet répétitif et routinier. L’œil vissé au viseur, je traquais le merveilleux et l’inattendu. Je repeignais le décor.

Une seule contrainte dans ce projet : chaque image était prise par moi, sur le vif, sans mise en scène d’aucune sorte, depuis le train que j’empruntais pour me rendre au travail ou en revenir, ou depuis les quais des gares de départ et d’arrivée. Images décalées, réalité réinterprétée… Tout était permis.

Le sujet était serré. Et très vaste à la fois. Mon œil était le seul maître à bord, relié directement à mon cœur et à mon index effleurant le déclencheur du boîtier  numérique. Un seul mot d’ordre : l’émotion. Car c’est de cela dont il s’agissait. Retrouver l’émotion de ces instants où les images d’une réalité toute quotidienne s’imprégnaient tout à coup d’une poésie picturale. Et tenter de vous la restituer.